Ce document est extrait d'un TIPE effectué en 1998-1999 au Lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, avec Frédéric Pouzadoux.
I Historique :
1) Le franchissement du mur du son
Après la deuxième guerre mondiale, les avions avaient beaucoup gagné en stabilité et en maniabilité, mais les vitesses les plus élevées ne dépassaient pas les 925 km.h-1 (Messerschmitt 262). On voulut alors aller plus vite, et si possible, dépasser la vitesse du son, c'est-à-dire Mach 1. On a parlé à l'époque de " mur du son ", et l'expression est restée dans le langage courant, parce que la vitesse du son apparut aux pilotes d'essais des années 40 comme une limite infranchissable. En effet, les augmentations de poussée des turboréacteurs ne se traduisaient que par des augmentations de vitesses tout à fait dérisoires : pour gagner quelques dizaines de kilomètres par heure, il fallait presque doubler la puissance des réacteurs !
De plus, au delà de 950 km.h-1, les appareils devenaient instables, subissaient du roulis et du tangage très violents, des pertes de portance, et les commandes ne répondaient plus. Les réacteurs n'étant pas assez puissants pour franchir Mach 1 en vol horizontal, on essaya d'atteindre la limite fatidique en piqué. Mais, à 1100 km.h-1, des secousses effrayantes pouvaient entraîner la dislocation de l'appareil. D'ailleurs, en 1946, plus de 12 pilotes trouvèrent la mort au cours de ces tentatives.
Cette même année, les dossiers allemands sur les armes secrètes sont récupérés par les Américains. On s'aperçut que les appareils pouvant voler à des vitesses transsoniques avaient un nez pointu comme les obus, des ailes courtes et minces et un moteur de fusée, ce qui allait à contre-courant des modèles construits jusque là.
Les Américains confièrent alors à la société Bell le projet d'un avion-fusée conçu pour voler plus vite que le son en vol horizontal. L'avion devait partir d'au moins 8000 mètres d'altitude (la pénétration de l'air est plus facile car il est moins dense ; la vitesse du son est plus faible), largué par un gros porteur. C'est ainsi que le 14 octobre 1947, le X-1, piloté par Chuck Yeager, pilote de l'armée américaine, accélère en douceur jusqu'à Mach 1,06, puis se maintient à cette allure pendant une vingtaine de secondes. Chuck Yeager est le premier homme à avoir volé plus vite que le son.
Pourquoi le X-1 avait-il cette silhouette de balle de fusil ? Tout simplement parce que depuis plusieurs siècles, on savait propulser des obus et autres projectiles à des vitesses supersoniques. Mais le domaine des vitesses transsoniques (et c'est celui-ci qui a posé le plus de problèmes aux pionniers du mur du son) se situait à l'intérieur du canon, ce qui en rendait l'étude impossible. Or, dans les années 40, les souffleries n'étaient pas encore capables de reproduire les conditions transsoniques et supersoniques. Ce n'est qu'à partir du milieu des années 50 que l'on put déterminer les contraintes du vol supersonique sur le dessin de l'avion : il faut que l'avion ne présente pas de brusque discontinuité au niveau des sections transversales.
Les progrès dans ce domaine ont permis en particulier au X-15B de voler à Mach 6,7 en 1967 (à une altitude stratosphérique, c'est-à-dire beaucoup plus que les autres), et, dans le domaine civil, au Concorde de voler à Mach 2,02 en palier entre Paris et New-York (il a même volé à Mach 2,05 pendant une durée très courte). La plupart des avions de ligne actuels volent pour leur part à des vitesses subsoniques ou transsoniques.
2) Rappel de notions utiles
a) Vitesse du son
La vitesse du son dans l'air est mesurée en nombre de Mach, en l'honneur du physicien autrichien Ernst Mach. Le nombre de Mach M est défini par la relation :
M = a/c
où a est la vitesse de l'objet et c la vitesse locale du son. Vitesse locale, car Ernst Mach avait découvert que la vitesse du son variait en fonction de la température de l'air. Dans les modèles couramment utilisés en aéronautique, on utilise une atmosphère standard dans laquelle le gradient de température est de 6,5 K.km-1. De plus, la vitesse du son est fonction de la température selon la formule :
C = \/¯ (Y*(RT/M))
Dans le cas particulier de l'air où Y=7/5 , M = 29.10-3 kg.mol-1, et R = 8,314 J.K.mol-1, on a : c = 20.1\/¯T
On obtient donc le graphe suivant (on notera l'aspect quasi-linéaire de cette application pour les altitudes comprises entre 0 et 8.600 mètres) :
(Graphe en bas de l'article)
b) Onde de choc
C'est également Ernst Mach qui mit en évidence les phénomènes d'onde de choc, qu'il étudia dans le cas de projectiles et de gaz à haute pression. Une onde de choc correspond à une brusque variation des paramètres physiques tels que la densité, la température, et surtout, pour notre étude, la pression sur le front de la perturbation.
c) Vitesses subsoniques, transsoniques, supersoniques
Au niveau du sol, on peut faire les approximations suivantes pour avoir une idée de l'ordre de grandeur des vitesses subsoniques, transsoniques et supersoniques : Les vitesses subsoniques sont les vitesses inférieures à 300 m.s-1, soit 1080 km.h-1. Les vitesses transsoniques sont comprises entre 300 et 380 m.s-1 (1370 km.h-1), et les vitesses supersoniques sont les vitesses supérieures à 380 m.s-1. Nous donnerons une définition exacte de ces vitesses dans le paragraphe traitant des propriétés physiques.
3) Le problème du bruit
Quelle que soit sa vitesse, un avion est toujours une source de bruit : moteurs, zones de surpressions et de dépressions auprès du fuselage engendrent des vibrations sonores. Quand l'avion se déplace à une vitesse subsonique, nous percevons les ondes sonores comme nous percevons celles qu'émet par exemple une chaîne hi-fi.
Quand il se déplace à une vitesse supersonique, on ne l'entend plus s'approcher, puisqu'il précède les ondes sonores, qui forment un cône appelé cône de Mach. Ce cône est une onde de choc : on ressent une brusque variation de la pression de l'air, c'est le bang caractéristique, si désagréable pour nos tympans.
Nous allons étudier ce phénomène du bang sonique en nous intéressant plus particulièrement aux particularités de l'onde sonore, son intensité et les possibles dangers qu'elle pourrait représenter pour nos oreilles. Ensuite nous étudierons le cône de Mach, sa forme, ses caractéristiques physiques, puis plus précisément sa trace au sol. Ceci nous permettra d'évoquer quelques moyens pour remédier à ces nuisances sonores avant de revenir sur les propres caractéristiques de l'atmosphère qui est elle-même une source d'atténuation très importante.
I Historique :
1) Le franchissement du mur du son
Après la deuxième guerre mondiale, les avions avaient beaucoup gagné en stabilité et en maniabilité, mais les vitesses les plus élevées ne dépassaient pas les 925 km.h-1 (Messerschmitt 262). On voulut alors aller plus vite, et si possible, dépasser la vitesse du son, c'est-à-dire Mach 1. On a parlé à l'époque de " mur du son ", et l'expression est restée dans le langage courant, parce que la vitesse du son apparut aux pilotes d'essais des années 40 comme une limite infranchissable. En effet, les augmentations de poussée des turboréacteurs ne se traduisaient que par des augmentations de vitesses tout à fait dérisoires : pour gagner quelques dizaines de kilomètres par heure, il fallait presque doubler la puissance des réacteurs !
De plus, au delà de 950 km.h-1, les appareils devenaient instables, subissaient du roulis et du tangage très violents, des pertes de portance, et les commandes ne répondaient plus. Les réacteurs n'étant pas assez puissants pour franchir Mach 1 en vol horizontal, on essaya d'atteindre la limite fatidique en piqué. Mais, à 1100 km.h-1, des secousses effrayantes pouvaient entraîner la dislocation de l'appareil. D'ailleurs, en 1946, plus de 12 pilotes trouvèrent la mort au cours de ces tentatives.
Cette même année, les dossiers allemands sur les armes secrètes sont récupérés par les Américains. On s'aperçut que les appareils pouvant voler à des vitesses transsoniques avaient un nez pointu comme les obus, des ailes courtes et minces et un moteur de fusée, ce qui allait à contre-courant des modèles construits jusque là.
Les Américains confièrent alors à la société Bell le projet d'un avion-fusée conçu pour voler plus vite que le son en vol horizontal. L'avion devait partir d'au moins 8000 mètres d'altitude (la pénétration de l'air est plus facile car il est moins dense ; la vitesse du son est plus faible), largué par un gros porteur. C'est ainsi que le 14 octobre 1947, le X-1, piloté par Chuck Yeager, pilote de l'armée américaine, accélère en douceur jusqu'à Mach 1,06, puis se maintient à cette allure pendant une vingtaine de secondes. Chuck Yeager est le premier homme à avoir volé plus vite que le son.
Pourquoi le X-1 avait-il cette silhouette de balle de fusil ? Tout simplement parce que depuis plusieurs siècles, on savait propulser des obus et autres projectiles à des vitesses supersoniques. Mais le domaine des vitesses transsoniques (et c'est celui-ci qui a posé le plus de problèmes aux pionniers du mur du son) se situait à l'intérieur du canon, ce qui en rendait l'étude impossible. Or, dans les années 40, les souffleries n'étaient pas encore capables de reproduire les conditions transsoniques et supersoniques. Ce n'est qu'à partir du milieu des années 50 que l'on put déterminer les contraintes du vol supersonique sur le dessin de l'avion : il faut que l'avion ne présente pas de brusque discontinuité au niveau des sections transversales.
Les progrès dans ce domaine ont permis en particulier au X-15B de voler à Mach 6,7 en 1967 (à une altitude stratosphérique, c'est-à-dire beaucoup plus que les autres), et, dans le domaine civil, au Concorde de voler à Mach 2,02 en palier entre Paris et New-York (il a même volé à Mach 2,05 pendant une durée très courte). La plupart des avions de ligne actuels volent pour leur part à des vitesses subsoniques ou transsoniques.
2) Rappel de notions utiles
a) Vitesse du son
La vitesse du son dans l'air est mesurée en nombre de Mach, en l'honneur du physicien autrichien Ernst Mach. Le nombre de Mach M est défini par la relation :
M = a/c
où a est la vitesse de l'objet et c la vitesse locale du son. Vitesse locale, car Ernst Mach avait découvert que la vitesse du son variait en fonction de la température de l'air. Dans les modèles couramment utilisés en aéronautique, on utilise une atmosphère standard dans laquelle le gradient de température est de 6,5 K.km-1. De plus, la vitesse du son est fonction de la température selon la formule :
C = \/¯ (Y*(RT/M))
Dans le cas particulier de l'air où Y=7/5 , M = 29.10-3 kg.mol-1, et R = 8,314 J.K.mol-1, on a : c = 20.1\/¯T
On obtient donc le graphe suivant (on notera l'aspect quasi-linéaire de cette application pour les altitudes comprises entre 0 et 8.600 mètres) :
(Graphe en bas de l'article)
b) Onde de choc
C'est également Ernst Mach qui mit en évidence les phénomènes d'onde de choc, qu'il étudia dans le cas de projectiles et de gaz à haute pression. Une onde de choc correspond à une brusque variation des paramètres physiques tels que la densité, la température, et surtout, pour notre étude, la pression sur le front de la perturbation.
c) Vitesses subsoniques, transsoniques, supersoniques
Au niveau du sol, on peut faire les approximations suivantes pour avoir une idée de l'ordre de grandeur des vitesses subsoniques, transsoniques et supersoniques : Les vitesses subsoniques sont les vitesses inférieures à 300 m.s-1, soit 1080 km.h-1. Les vitesses transsoniques sont comprises entre 300 et 380 m.s-1 (1370 km.h-1), et les vitesses supersoniques sont les vitesses supérieures à 380 m.s-1. Nous donnerons une définition exacte de ces vitesses dans le paragraphe traitant des propriétés physiques.
3) Le problème du bruit
Quelle que soit sa vitesse, un avion est toujours une source de bruit : moteurs, zones de surpressions et de dépressions auprès du fuselage engendrent des vibrations sonores. Quand l'avion se déplace à une vitesse subsonique, nous percevons les ondes sonores comme nous percevons celles qu'émet par exemple une chaîne hi-fi.
Quand il se déplace à une vitesse supersonique, on ne l'entend plus s'approcher, puisqu'il précède les ondes sonores, qui forment un cône appelé cône de Mach. Ce cône est une onde de choc : on ressent une brusque variation de la pression de l'air, c'est le bang caractéristique, si désagréable pour nos tympans.
Nous allons étudier ce phénomène du bang sonique en nous intéressant plus particulièrement aux particularités de l'onde sonore, son intensité et les possibles dangers qu'elle pourrait représenter pour nos oreilles. Ensuite nous étudierons le cône de Mach, sa forme, ses caractéristiques physiques, puis plus précisément sa trace au sol. Ceci nous permettra d'évoquer quelques moyens pour remédier à ces nuisances sonores avant de revenir sur les propres caractéristiques de l'atmosphère qui est elle-même une source d'atténuation très importante.